Il Nest De Richesse Que Dhommes Dissertation Proposal

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Jean Bodin, né en 1529 ou 1530 à Angers et mort en 1596 à Laon, est un jurisconsulte, économiste, philosophe et théoricien politiquefrançais, qui influença l’histoire intellectuelle de l’Europe par ses théories économiques et ses principes de « bon gouvernement » exposés dans des ouvrages souvent réédités. La diffusion du plus célèbre d'entre eux, Les Six Livres de la République, n'a été égalée que par De l'esprit des lois de Montesquieu[1]. En économie politique, il perçoit les dangers de l'inflation et élabore la théorie quantitative de la monnaie à l'occasion d'une controverse avec Monsieur de Malestroit. Enfin, il établit une méthode comparative en droit et en histoire qui fécondera les travaux de Grotius et Pufendorf.

Dans Les Six Livres de la République, il est l'un des premiers à établir le concept de la souveraineté qui inspirera Hobbes et Locke. Il pose également les fondements théoriques de la monarchie absolue — puissance de commandement, puissance absolue, puissance indivisible, puissance perpétuelle — et les notions juridiques relatives à la souveraineté des États. Par son influence sur le cardinal de Richelieu et ses juristes, Bodin peut être considéré dans une certaine mesure comme l'un des fondateurs de l'absolutisme à la française. Parmi ses autres apports, figurent également l'encadrement des attributions des juges et de l'administration ainsi que l'établissement de distinctions fondamentales entre État et gouvernement.

Esprit moderne à certains égards, Bodin est toutefois susceptible de déconcerter les lecteurs actuels à la fois par son traité de philosophie de la nature, qui accorde beaucoup de poids à l'arithmologie et à l'astrologie, et surtout par un traité de démonologie invitant à la répression de la sorcellerie.

Alors que les guerres de religion dévastent la France, il se fait l'avocat de la tolérance religieuse, notamment par sa courageuse opposition à une initiative royale qui voulait lever des fonds pour reprendre la guerre contre les huguenots. Il a aussi défendu l'idée de tolérance dans ses écrits, tout particulièrement dans le Colloquium heptaplomeres, resté à l'état de manuscrit, où il fait dialoguer sept sages de confessions différentes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de formation[modifier | modifier le code]

Contemporain de Michel de Montaigne et de Nostradamus, Jean Bodin est né à Angers — d'où le nom qu'il se donnait parfois de Jean Bodin Angevin —, entre juin 1529[2] et juin 1530[3]. Il est le quatrième d'une famille de sept enfants. Son père, Guillaume Bodin, négociant et maître couturier, est établi dans une maison bourgeoise de la rue Valdemaine, près d'une auberge à l'enseigne de Saint-Julien[4] ; il sait signer, ce qui était assez inhabituel à l'époque[5]. Sa mère s'appelle Catherine Dutertre, dont un parent, René Dutertre, est procureur du couvent des carmélites d'Angers[3]. Contrairement à ce que l'on a parfois affirmé, aucun de ses parents n'est de confession juive[6].

Le jeune Jean Bodin reçoit une formation chez les Carmes à Angers. Après avoir prononcé ses vœux, il entre comme novice, en 1545[7], au couvent des Grands Carmes de Paris pour y étudier la philosophie sous la direction de Guillaume Prévost[8]. Cet établissement était proche du Collège de Presles où enseigne alors Pierre de La Ramée, ainsi que du Collège des quatre langues, où Bodin pourrait avoir étudié l'hébreu avec Jean Mercier, disciple de François Vatable, qui a également enseigné à Jean Calvin[9]. Il s’y imprègne aussi bien de la scolastique médiévale que de l’humanisme de la Renaissance. Il apprend aussi le grec avec Adrien Turnèbe, qu'il a été plus tard accusé d'avoir plagié dans sa traduction latine en vers de la Cynegetica d'Oppien (1555)[10], mais il s'en est défendu vigoureusement[11]. Le couvent était situé sur la place Maubert, où Bodin pourrait avoir été témoin de l'exécution de l'humaniste Étienne Dolet en 1546 pour avoir publié des livres hérétiques[12].

En 1547-1548, il semble avoir été impliqué dans un procès pour hérésie[n 1]. Toujours est-il que, vers 1549, il est libéré de ses vœux monastiques grâce à l'intervention de l'évêque d'Angers, Gabriel Bouvery[13].

Après un séjour à Nantes en 1549, il va à Toulouse, où il étudie le droit puis devient professeur de droit romain[14]. Durant cette période, il fait connaissance avec Cardan et Auger Ferrier ainsi qu'avec des juifs qui ont fui l'Espagne et qui l'initient à la cabale et au néoplatonisme[15]. Il rédige alors divers traités — de imperio, de jurisdictione, de legis actione, de decretis, de judiciis — dont il demande dans son testament qu'ils soient tous brûlés[16]. En 1559, il publie un traité sur l'éducation, Oratio de instituenda in republica juventute[17] afin d'appuyer sa candidature à la direction du collège de l'Esquile à Toulouse, mais sans succès[n 2]. Il s'est lié durant cette période toulousaine avec des personnages influents, tels Guy Du Faur de Pibrac et Michel de l'Hospital, qui l'aideront plus tard à pénétrer dans les sphères d'influence[18].

Il regagne Paris en 1561, où il exerce la fonction d'avocat alors que commence en France la terrible période des guerres de Religion, mais il n'est pas doué pour le barreau[19].

Conseiller des princes[modifier | modifier le code]

En 1562, il est avocat au Parlement de Paris[20]. En 1566, il publie sa première œuvre importante, la Methodus ad facilem historiarum cognitionem (« Méthode pour un apprentissage aisé de l'histoire »). L'ouvrage connaît un tel succès qu'il nécessitera une seconde édition augmentée en 1572.

En 1567, il est substitut du procureur du roi à Poitiers[n 3]. En 1568, il est arrêté et incarcéré à la Conciergerie « pour fait de religion » et reste emprisonné jusqu'en août 1570[21]. Participant volontiers à des débats d'idées, il publie en 1568 une Réponse aux paradoxes de M. de Malestroict touchant l’enrichissement de toutes choses et le moyen d’y remédier. Cette controverse est restée célèbre, car elle « introduit l'économie en politique[22] » en offrant une première description du rôle dynamique de la monnaie, suffisamment précise pour que beaucoup y voient le premier exposé d'une théorie quantitative de la monnaie.

Cette expertise attire l'attention de Charles IX, qui, en 1570, le nomme commissaire à la réforme des forêts de Normandie. Bodin s'acquitte de cette tâche avec zèle, poursuivant sans relâche les spoliateurs du royaume contre lesquels il intente jusqu'à quatre cents procès[23].

En 1571, il est nommé maître des requêtes et conseiller du duc d'Alençon, François de France. Il occupera cette fonction jusqu'à la mort de ce dernier en 1584[24]. Le jeune duc est alors chef du parti des Malcontents, qui regroupe les opposants à la politique royale et prône la tolérance religieuse. Suspect d'accointances avec les huguenots, Bodin échappe de justesse au massacre de la Saint-Barthélemy[25] (1572), peut-être grâce à la protection de Jacques-Auguste de Thou[26].

En 1573, il est membre de la délégation qui accueille les ambassadeurs polonais venus à Metz saluer leur nouveau roi, Henri, duc d'Anjou[27]. Il rédige à cette occasion la Harangue prononcée par l'évêque de Langres, Charles des Cars. En 1574, il est soupçonné d'avoir participé à la conjuration des Malcontents menée par La Môle et Coconas[n 4].

En 1576, il épouse, à Laon, Françoise Trouillard, riche veuve dont le frère Nicolas Trouillard est procureur du roi[27] et dont plusieurs parents sont au service du duc d'Alençon. La même année voit la publication de son œuvre majeure, Les Six Livres de la République, un ouvrage fondamental de philosophie politique, qui sera souvent réédité[n 5].

En raison de son immense érudition — « il se souvenait de tout ce qu'il avait lu[28]» —, sa conversation est recherchée par le roi Henri III[19]. De 1576 à 1579, il est membre de l'Académie du palais, première incarnation de l'Académie française, qui se réunit deux fois par semaine en compagnie du roi[29]. Il y siège en compagnie des poètes Guy Le Fèvre de La Boderie et Pontus de Tyard[30].

Délégué par le Tiers état du Vermandois aux États généraux de Blois de 1576[31], il s'oppose vivement à la reprise de la guerre contre les huguenots, préconisée par Pierre de Versoris[32]. Alors que Henri III voulait se procurer des fonds pour cette guerre par aliénation d'une partie du domaine royal, Bodin convainc le Tiers état de s'y opposer afin de ne pas nuire au peuple en aliénant le bien de la nation[33]. Cette ferme opposition lui fait perdre la faveur royale et est peut-être à l'origine d'une enquête menée en 1577 sur ses antécédents chez les Carmes, trente ans plus tôt[34]. Pour défendre ses actions et justifier son opposition à l'imposition par la force de la religion catholique, il publie un Recueil de tout ce qui s'est negotié en la compagnie du tiers Estats de France (1577).

Il publie ensuite une réflexion sur l'essence du droit, Iuris universi distributio (1578), qui complète l'édifice théorique amorcé avec la République : « En présentant une théorie juridique et politique de l’Etat, Bodin, indirectement, apporte une contribution essentielle à la formation du droit international public contemporain[22]. »

Ayant eu à instruire en tant que juge un procès contre Jeanne Harvilliers, accusée de sorcellerie, il rédige De la démonomanie des sorciers (1580), sorte de guide à l'intention des tribunaux dans lequel il réclame des peines sévères contre toute personne accusée de sorcellerie[35].

En 1581, il accompagne en Angleterre François de France afin de négocier son mariage avec la reine Elizabeth Ire[36],[n 6]. Il rencontre notamment le célèbre John Dee, mathématicien, astronome, astrologue, géographe et occultiste[37]. Il a aussi la surprise d'apprendre que l'université de Cambridge utilise son ouvrage Les Six Livres de la République[28], ce qui l'incitera à en faire une traduction latine afin de le rendre plus accessible aux lecteurs étrangers[38].

En 1583, il accompagne encore François aux Pays-Bas espagnols, où ce dernier devient comte de Flandre et duc de Brabant. Bodin rencontre à cette occasion Guillaume d'Orange et le cartographe Abraham Ortelius[37]. Fait prisonnier lors de la malavisée attaque d'Anvers, à laquelle il s'était opposé, il est rapidement libéré[n 7].

À la mort de François de France (1584), il se retire à Laon, devient conseiller du roi de Navarre et conseiller juridique du marquis de Moy[39]. En 1586, ayant prédit la mort d'Élizabeth Ire, il est soupçonné d'avoir participé au complot de Babington. Dénoncé à deux reprises comme hétérodoxe, son domicile est perquisitionné en 1587[13] et plusieurs de ses livres sont brûlés[40]. À la suite de la mort de son beau-frère en 1587, il devient procureur du roi[40]. En 1589, reniant ses opinions antérieures, il pousse Laon à se déclarer pour les Ligueurs[n 8]. Devenu suspect à tous les partis, il est de nouveau accusé d'hérésie : son domicile est perquisitionné en 1590 et ses livres sont brûlés publiquement[41]. En 1593, il rompt avec la Ligue et incite les habitants à reconnaître Henri IV comme roi de France. En 1594, il accueille les troupes royales dans la ville[40].

Ses recherches le poussent vers une synthèse des connaissances, qui débouche sur un livre publié en latin Universae naturae theatrum (« Théâtre de la nature universelle ») (1596).

Il meurt de la peste à Laon en 1596[n 9]. Il a eu deux fils, Jean et Elie, tous deux morts avant d'avoir atteint l'âge adulte, et une fille mentalement retardée[40], sur l'éducation desquels il a laissé une Épître à son neveu (novembre 1586) faisant état de sa méthode pédagogique[42], ainsi qu'un recueil de maximes morales, Sapientiae moralis epitome (1588).

Positions théoriques[modifier | modifier le code]

Dès son jeune âge, Bodin s'était donné pour objectif de « s'assimiler les principales connaissances de son temps et dominer les grandes disciplines philosophiques et scientifiques afin d'atteindre [...] la contemplation métaphysique[43]. » Il développe à travers ses livres quelques thèmes constants, tels la théorie des climats, la définition de la République comme un gouvernement légal et l'harmonie du monde intelligible créé par le « grand Dieu de la nature » qui a doté l'humanité du libre arbitre[44].

Methodus : Principes de méthode[modifier | modifier le code]

Bodin avait une passion pour l'ordre. Dans l'épître de son Théâtre, rédigé dans les dernières années de sa vie, il écrit : « Car il n'y a rien au monde, qui soit plus plaisant à voir, ou qui recrée avec plus grande volupté l'esprit de l'homme, ou qui soit plus commode que l'ordre[45]. » Cette passion de l'ordre et des classifications allait orienter sa carrière : « Intellectuel au sens moderne du mot plutôt qu'humaniste, Bodin passa sa vie à la recherche d'une méthode qui lui permettrait de comprendre et d'analyser l'homo politicus à partir d'exemples organisés en séries et sans invoquer les Anciens à tout moment[46]. »

La Méthode pour faciliter la connaissance de l’Histoire — titre latin original : Methodus ad facilem historiarum cognitionem — publiée en 1566, « place l'Histoire au centre d'un projet philosophique de totalisation du savoir[47] » en s'appuyant sur le principe communément admis par ses contemporains que l'histoire livre des enseignements à partir desquels on peut établir des lois[48]. Même s'il annonce dans sa définition de l'histoire que celle-ci ne se limite pas à l'étude du passé humain mais s'étend aussi à la vie de la nature et à l'action divine, il se limite dans cet ouvrage au passé humain.

La bibliographie systématique, publiée au chapitre X, s'étend sur 20 pages et donne la liste des auteurs qui ont écrit sur les diverses civilisations, en procédant de façon chronologique, depuis l'Antiquité jusqu'à l'exploration du continent américain, et en commençant par les auteurs d'histoires universelles (Bérose, Hérodote et Polybe…), les géographes (Strabon, Pomponius Mela, Pausanias…), les historiens des superstitions païennes, de la religion chrétienne, des Arabes, des Chaldéens, des Grecs, des Romains, des Celtes, des Germains du Rhin jusqu'à la Vistule, de l'Autriche, de la Hongrie, de la Pologne, de la Suède, des Saxons, de la Bohème, des Britanniques, des Espagnols, des Sarrasins, des Turcs, des Tartares, des Éthiopiens, des Indiens, des Américains...

Cette masse d'informations justifie la nécessité de son entreprise : « il existe une telle diversité et une telle confusion dans les actions des hommes, et une telle abondance de récits, que, sans un classement des choses humaines dans des catégories stables, il n'est pas possible de les percevoir clairement ni de confier durablement à la mémoire les récits historiques[49]. » Excluant tout rôle à la Providence dans la vie sociale et politique, Bodin affirme que « la volonté est maîtresse des actions humaines[n 10]. » Il est donc légitime de rechercher les lois cachées gouvernant l'évolution des affaires humaines.

Au cours des dix chapitres que compte cet ouvrage, Bodin propose donc une méthode pour classifier les données recueillies dans les livres d'histoire[50], ainsi que des outils comparatifs pour évaluer les constitutions politiques, tout en esquissant plusieurs des idées qu'il développera dans Les Six livres de la République[24]. Il consacre le chapitre VIII à la durée de l'Univers[51] : prenant ses informations dans la Bible, il établit qu'il s'est passé exactement quatre mille ans depuis la création du monde jusqu'à Philon. Dans le chapitre IX, il fait des hypothèses sur l'origine des peuples[52]. Il cherche ainsi à penser l’évolution de l’ensemble des sociétés humaines non seulement dans une perspective temporelle mais aussi dans l’espace, articulant ce que Lestringant appelle « une topologique des connaissances[53] ». Il cherche aussi des éléments harmoniques dans l'évolution des événements et de la vie humaine et « tente de fonder sa théorie organisationnelle sur des intervalles et des relations mathématiques[54]. ».

Au lieu d’interpréter les textes à la manière des humanistes de l'époque, il veut analyser l’Histoire des hommes pour en tirer un enseignement et une science du politique. À cet égard, cet ouvrage est « la première publication qui ait proposé, indépendamment de toute considération religieuse, une théorie d'histoire universelle fondée sur une étude du développement de la civilisation[55]. » Abandonnant la façon dont les Anciens traitaient l'Histoire, Bodin voit celle-ci comme la science de la prise et de la conservation du pouvoir. On peut donc y trouver, comme le fait Machiavel, « un recueil de conseils pratiques pour qui s'intéresse au pouvoir[56]. »

Il renvoie dos à dos les nostalgiques de l'âge d'or aussi bien que les tenants de l'eschatologie juive exposée dans la prophétie des quatre royaumes du Livre de Daniel[57]. Il adopte plutôt une conception cyclique de l'Histoire[58] : « Comme on observe que, par quelque loi éternelle de la nature, toutes choses se transforment de façon circulaire, de sorte que les vices font suite aux vertus, l'ignorance à la science, l'infamie à l'honorabilité, tout comme les ténèbres à la lumière[n 11]. »

L'ouvrage comptera dix éditions avant la mort de son auteur[59]. Son contemporain La Popelinière est assez critique sur cet ouvrage : « S'il reconnaît que la Méthode de Bodin est meilleure que d'autres ouvrages du même genre, il en souligne aussi quelques défauts : une conception trop large de l'histoire qui, selon lui, ne devrait s'intéresser qu'aux affaires humaines, et un intérêt pour des sujets (géographie, astronomie...) qui lui paraissent hors de propos[60]. » Si la méthode de Bodin apparaît encore plus dépassée aujourd'hui, on reconnaît toutefois qu'il est de ceux qui « ont montré le plus clairement l'intérêt, et même la nécessité, d'une histoire universelle, s'étendant jusqu'aux Turcs et aux Arabes, aux Tartares et aux Moscovites [...] Mais il faudra attendre des œuvres comme celles de Voltaire ou de Herder pour entrevoir la réalisation d'un tel programme[60]. » Pour Jean-Marie Hannick, « Bodin est aussi un des promoteurs les plus notables du comparatisme en histoire, plus particulièrement dans l'histoire des institutions[60]. »

Économie[modifier | modifier le code]

Bodin traite de l'analyse économique au livre six de son ouvrage Les Six Livres de la République. Sur le plan de l'analyse économique, le livre de Bodin se placerait selon Schumpeter« à peine au-dessus des idées couramment admises de son temps » même si ses principes de fiscalité constituent une étape de plus vers la position défendue plus tard par Adam Smith dans le livre cinq de la Richesse des nations[61]. Bodin se prononce nettement en faveur de la liberté de commerce : « Pour la grandeur d’un royaume, le commerce doit être franc et libre », écrit-il, devançant de deux siècles les premières thèses libérales[62].

En 1563, la Chambre des comptes de Paris se charge d'une étude visant à rechercher s'il y avait un lien entre « le renchérissement de toutes choses » et la dépréciation des monnaies. En 1566, Jean de Malestroit publie dans ce cadre Les paradoxes du seigneur de Malestroict sur le faict des monnoyes. L'année suivante, le Conseil du roi reçoit les préconisations qui découlent de ce rapport. C'est alors que Jean Bodin, peu satisfait de cette étude, décide de publier sa Réponse aux paradoxes de M. de Malestroict[63]. Le débat est complexe car à cette époque la monnaie de compte — livre tournois, sol, deniers — et la monnaie en pièces étaient différentes (voir Système monétaire du royaume de France). Selon Malestroit, la hausse des prix venait des manipulations monétaires, mais ce qui l'inquiétait surtout, c'est que la dépréciation de la monnaie amenait une baisse du pouvoir d'achat[64]. Toutefois, Malestroit ne comparait pas des prix réels mais « construisait ses exemples à partir des prix de 1566 et des diverses Ordonnances de « surhaussement » du prix des pièces de monnaie »[64]. Jean Bodin, au contraire, en 1568, dans sa Réponse, part de l'évolution des prix constatés à diverses époques. Il montre ainsi que la hausse des prix provient d'abord de l'afflux d'or et d'argent en provenance du Nouveau Monde, ce qui a entraîné une révolution des prix, mais que cette hausse est due aussi aux nombreux monopoles existants, aux dépréciations des monnaies qui réduisent les flux de marchandises, ainsi qu'aux dépenses des rois et des princes, et enfin aux manipulations monétaires[65].

La thèse de Bodin n'était toutefois pas complètement inédite à l'époque car d'autres l'avaient déjà plus ou moins avancée, tels Martín d'Azpilcueta dans son Commentarius de usuris (Rome, 1556) et l'astronome Copernic dans Monetae cudendae ratio (1526). Toutefois, avec cet ouvrage, Bodin est réputé avoir présenté les bases de la théorie quantitative de la monnaie[62] même si, d'après Ramon Tortajada, les divergences entre monnaie, unité de compte et monnaie de paiement faussent un peu les perspectives[66].

Vers un État de droit : Les Six Livres de la République[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les Six Livres de la République.

Soucieux de dépasser les frontières nationales, Bodin veut repenser le droit romain non pas dans le cadre étroit de la France de son époque mais dans un Tableau du droit universel (Iuris Universi Distributio) : cet ouvrage paraît en 1568, mais le penseur s'était probablement mis à sa rédaction à Toulouse vers 1560[46]. À la suite de sa réflexion sur l’essence du droit, Bodin établit une systématisation du droit romain en dressant des classifications par emboîtement de dichotomies, de telle manière que « effectivement, le droit se trouve réduit à de simples prédicats », diminuant ainsi les risques d'interprétation subjective en matière de justice[67].

Quatre ans après la Saint-Barthélemy, au milieu des guerres de Religion, Jean Bodin, alors juge à Laon, publie les Six livres de la République, réflexion touffue sur l'art de gouverner et sur le pouvoir du roi, garant de la paix civile qu'il faut rétablir. Avec la disparition du consensus religieux, il est en effet nécessaire d'« affirmer l'autonomie du politique de façon à faire du roi, non un chef religieux, mais un arbitre[68]. » Dans cet ouvrage, Bodin systématise et développe les thèses de Jean de Terrevermeille et de Claude de Seyssel[69]. Le livre est publié en français et comporte un index volumineux, témoignant de la volonté de Bodin de rejoindre un public aussi large que possible. Il compte 42 chapitres de texte serré, sans alinéa, répartis en six livres :

  • Livre I : fin principale d'une République bien ordonnée. Comparaison avec le ménage. De la puissance maritale ; de la puissance paternelle ; de la puissance seigneuriale et s'il faut souffrir des esclaves dans une République. Définition du citoyen. Des traités entre les Princes. De la souveraineté.
  • Livre II : les types de Républiques : monarchie seigneuriale, royale, tyrannique ; état aristocratique ; état populaire.
  • Livre III : sénat, magistratures et administration.
  • Livre IV : croissance et décadence des Républiques ; rapports du Prince avec ses sujets ; comment faire face aux séditions.
  • Livre V : variation des Républiques en fonction de la diversité de la topographie, du climat et des populations. Lois sur la polygamie. Attribution des charges officielles. Sort des biens des condamnés.
  • Livre VI : finances et intégrité des monnaies. Comparaison des trois formes de Républiques. Justice distributive.

La grande originalité de l'auteur est qu'il ne se contente pas de détailler les pouvoirs du roi, mais s'efforce de construire une théorie de la souveraineté, et plus particulièrement une théorie juridique. Bodin utilise le terme « république » (en latin : res publica) pour désigner la chose publique encadrée par le droit, ouvrant son livre par une définition du terme : « République est un droit gouvernement de plusieurs mesnages, et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine[70]. »

Cet ouvrage fondateur dans le domaine du droit constitutionnel connaît un vif succès et de nombreuses éditions. Les positions de Bodin heurtent toutefois les « tenants de l'orthodoxie », notamment le jurisconsulte Jacques Cujas[71], Michel de la Serre[n 12] et plusieurs autres, auxquels il répond par son Apologie pour la République de J. Bodin en 1581, publiée sous le pseudonyme de René Herpin[72]. En 1586, il publie en outre une traduction latine des Six livres de la République afin d'en faciliter la diffusion internationale[73].

Concept de nation[modifier | modifier le code]

Bodin s'attache à préciser le concept de nation. Rejetant la thèse traditionnelle de l'autochtonie, il prend des positions humanistes et universalistes« en harmonie avec ses croyances religieuses » et le récit biblique de l'origine du genre humain, qui est un point de référence permanent dans l'ensemble de l'œuvre[74]. Il fonde donc la nation non sur des critères de race mais de civilisation et affirme l'unité de l'espèce humaine, la différenciation entre les nations ne se faisant pas « par voie généalogique, mais par voie géographique[75] ». Récusant également l'idée que les différences entre les peuples se situent sur un axe Est-Ouest, il accorde à la latitude un rôle déterminant dans la formation des traits caractéristiques des populations. Il est ainsi à l'origine d'une « théorie des climats » qui distingue trois grandes zones climatiques — froide, tempérée et tropicale —, théorie que développera Giovanni Botero et que Montesquieu a reprise dans l'Esprit des lois sans mentionner Bodin[76]. Chaque climat entraîne des caractéristiques physiques et comportementales particulières, qui ont pour effet de provoquer des mouvements migratoires du nord vers le sud, les peuples nordiques ayant tendance à cultiver les activités militaires. Appuyant sa thèse sur une liste d'exemples puisés dans une vaste collection de données historiques, il conclut : « Il me semble suffisamment clair que la colonisation, les guerres, l'esclavage, les migrations ont depuis si longtemps brassé tous les peuples, qu'à part les Hébreux ils ne paraissent pas pouvoir se garder purs de tout mélange avec les autres[77]. »

Se fondant sur l'origine ethnique et la localisation territoriale pour différencier les nations, il envisage chacune de celles-ci comme un organe localisé dans le corps humain[78]. Cette conception organique de l'humanité fait en sorte qu'il « récuse tout nationalisme : l'universalité de la raison qui fonde le droit l'emporte sur les différenciations naturelles[79]. »

Types de républiques[modifier | modifier le code]

Bodin utilise fréquemment le terme de « prince » pour désigner celui qui détient le pouvoir, quel que soit son statut[80]. Au début du Livre II, il examine combien il y a de sortes de Républiques. À cette fin, il adopte les critères suivants : « si la souveraineté gît en un seul Prince, nous l'appellerons Monarchie ; si tout le peuple y a part, nous dirons que l'état est populaire ; s'il n'y a que la moindre partie du peuple, nous jugerons que l'état est Aristocratique ». Appliquant la distinction proposée par Aristote entre essence et accident, il estime qu'il ne faut pas « s'arrêter aux accidents, qui sont innumérables, mais bien aux différences essentielles, et formelles, autrement on pourrait tomber en un Labyrinthe infini »[81]. Il introduit aussi une distinction entre État et gouvernement : « un État peut être monarchique, aristocratique ou populaire, mais ne peut être mixte. En revanche, le gouvernement peut l'être [car] le gouvernement est le mode selon lequel la souveraineté s'exerce[82]. » Il s'ensuit qu'une monarchie peut être « seigneuriale, ou royale ou tyrannique[83]. » La monarchie, selon sa définition, est donc « une République en laquelle la souveraineté absolue gît en un seul Prince[84] », tandis que « pour qu'un État soit démocratique, il faut au moins que la moitié du peuple participe à la souveraineté[85]. »

Concept de souveraineté[modifier | modifier le code]

Article connexe : « Puissance de donner et casser la loi ».

Bodin fait de la souveraineté un attribut essentiel de l'État. Il introduit le concept dès la première phrase de la République : « République est un droit gouvernement de plusieurs ménages, et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine[70]. » Il attache tellement d'importance à ce concept qu'il y consacre les trois derniers chapitres du premier Livre de la République. Il a pleinement conscience d'innover en introduisant sa définition, au début du chapitre IX :

« La souveraineté est la puissance absoluë & perpetuelle d'une Republique, que les Latins appellent majestatem, les Grecs ἄκραν ἐξγουσὶαν, & κυρίαν ἁρκὴν, & κύριον πολίτευμα : les Italiens segnoria, duquel mot ils usent aussi envers les particuliers, & envers ceux la qui manient toutes les affaires d'estat d'une Republique : les Hebreux l'appellent tomadchavet c'est à dire la plus grande puissance de commander. Il est icy besoin de former la definition de souveraineté, parce qu'il n'y a ny iurisconsulte, ny philosophe politique, qui l'ayt definie : iaçoit que c'est le point principal, & le plus necessaire d'estre entendu au traité de la Republique[86]. »

Sa théorie de la souveraineté s'insère dans une conception générale de l'autorité applicable à tous les peuples, quel que soit leur degré de développement ou leur type d'État[87]. Elle s'appuie sur « un principe éminemment profane de la puissance — la volonté — et donne lieu à une communauté laïque régie par la justice exprimée par le droit[88]. » Évacuant ainsi le recours à un principe de droit divin, « l'État bodinien est d'essence laïque[89]. »

La souveraineté comporte deux attributs essentiels. Le premier est qu'elle « n'est limitée ny en puissance, ny en charge, ni en certain temps[90]. » Le second attribut essentiel est son caractère absolu. La souveraineté, qui n'a « d'autre limite que la loi de Dieu et de nature se traduit immédiatement par un double pouvoir du Prince : a) il peut donner et casser la loi, b) il est absous de l'obéissance aux lois qu'il établit[91]. » La souveraineté est toutefois limitée par la loi de la nature et de Dieu, dont le prince souverain demeure éternellement sujet : « Si la justice est la fin de la loi, et la loi œuvre du prince, le prince est image de Dieu ; il faut, par suite de même raison, que la loi du prince soit faite au modèle de la loi de Dieu (I, VIII)[92]. » En dépit de ses positions innovantes, Bodin est très attaché « à la tradition éthico-théologique du politique[93]. »

Le pouvoir du souverain est également limité par les lois fondamentales du Royaume ainsi que par les coutumes générales et particulières. Quant au prélèvement de l'impôt, celui-ci requiert le consentement du parlement ou du peuple[94]. Le souverain ne peut pas non plus déroger aux engagements pris envers ses sujets. Toutefois, des cas de force majeure peuvent justifier une dérogation à ces limites, car : « La raison naturelle veut que le public soit préféré au particulier, et que les sujets relaschent non seulement leurs injures et vengeances, ains aussi leurs biens pour le salut de la République[95]. » Selon Zarka, le lien qu'établit Bodin entre État et souveraineté « n'a certainement pas été sans incidence sur la définition de la raison d'État en termes de dérogation[96]. »

En établissant que la loi des autres nations ne peut pas lier un État souverain, Bodin théorise donc la notion d'immunité de l'État[97], notion importante qui influencera Charles Loyseau (1608), Cardin Le Bret (1632) et surtout Jean-Jacques Rousseau. Ce dernier y fera référence dans l'article « Économie politique » de l'Encyclopédie, publié ensuite sous le titre de Discours sur l'économie politique (1755). Hobbes reprendra cette notion et la développera en introduisant dans la philosophie juridique le principe d'égalité naturelle des États[98],[99].

Avec la notion de souveraineté, Bodin a conscience d'innover : « Les juristes contemporains, Jellinek, Carré de Malberg, ont insisté sur l'originalité de la souveraineté qui, en fondant l'idée d'un pouvoir séparé de la société (le Monarque est divisé du peuple, dit Bodin) en imaginant un pouvoir juridique [...] établissait la théorie moderne de la puissance publique qui ne se confondait pas avec la Monarchie mais pouvait, selon le sujet qui était censé la détenir légitimement, être alternativement objet d'appropriation pour l'aristocratie ou la démocratie[100]. » En inventant la souveraineté, Bodin « invente le gouvernement du droit[101]. »

Vers l'État administratif[modifier | modifier le code]

La notion de souveraineté que propose Bodin introduit un déplacement des attributs traditionnels des juges : « La justice est en effet doublement diminuée : après avoir défini la magistrature indépendamment d'elle par l'autorité, Bodin attribue au souverain une fonction législative qui absorbe l'initiative judiciaire. Le juge perd ses pouvoirs administratifs, en même temps que ses fonctions législatives. En donnant l'exercice de l'autorité à un magistrat qui n'est pas un juge puis en confiant l'initiative de la loi au souverain, on mesure à quel point le juriste angevin affaiblit la part de la jurisprudence dans le fonctionnement de la civilité politique, combien il dégrade le rôle de l'État de justice au profit de l'État administratif et législatif[102]. »

Population et richesse d'un État[modifier

Frontispice de la Methodus ad facilem historiarum cognitionem (1566).
Les Paradoxes, édition de 1578.
Apologie de René Herpin pour la République de Jean Bodin (1581).

Mais de quoi est faite exactement cette richesse ? Au prix de quelle misère et avec quelles perspectives ? Qui en fait les frais ? À qui profite-t-elle ? De quel respect, de quelle considération l'Individu est-il l'objet, dans une telle affirmation ?

Quand le taux de pauvreté dans le monde aurait été réduit de moitié en vingt ans, "taux de pauvreté" et "pauvreté" n'ont pas la même signification, d'autant que outre les variations de valeur des monnaies – et du dollar en particulier –, le revenu minimum estimé des pauvres profonds varie, selon les sources, de 1 dollar à 2 dollars/jour, ce qui va tout de même du simple au double. Si ce revenu de référence peut être ajusté, la pauvreté elle, ne baisse pas ; elle augmente au contraire inexorablement ; quelle que soit l'aune à laquelle elle est mesurée, elle s'adapte à la démographie.

Pauvreté et richesse, sont des discriminants sociétaux, structurels et mécaniques, aussi relatifs qu'incontournables ; et les inégalités de toutes sortes qui en résultent viennent s'ajouter à celles pouvant être qualifiées de naturelles et qui sont les premières à distinguer les individus les uns des autres.

En occident comme ailleurs, dans les pays développés comme dans les autres, la société des hommes est, a toujours été et sera jusqu’à sa fin, faite d’inégalités. Comme les riches y sont plus rares que les pauvres, l’exception s'y distingue de la généralité ; le pouvoir du peuple, la force de la faiblesse, l’intelligence de la sottise, le savoir de l’ignorance , etc. ; dans tous leurs aspects. Et plus les richesses augmentent – qu’elles soient d’ordre matériel ou immatériel –, plus s’accroît l’écart entre le sommet d'une pyramide sociale qui n’a pas d’autres limites que l'ambition et les capacités de la planète avec, à l’opposé, une base inamovible reposant sur la pauvreté absolue et l'indignité, dernier état de la condition humaine.

A l'appui de cette réalité structurelle, il existe des chiffres et un mécanisme vieux comme le monde, dont il serait grand temps de prendre clairement conscience, pour tenter de secourir durablement les plus nécessiteux d’entre nous : À l’aube de notre ère, la Terre était peuplée d’environ 250 millions d’êtres humains. Elle en compte plus de 7 milliards aujourd’hui, dont 1 milliard à 1 milliard et demi vivraient un état de pauvreté profonde. L’homme moderne a ainsi créé, en 20 siècles, 5 fois plus de miséreux qu’il y avait d’êtres humains de toutes conditions sur terre au début de son entreprise civilisatrice.

Chaque jour, plus de 220 000 individus s'ajoutent à la population terrestre, qui devrait atteindre 9 milliards vers 2050 et dépasser 11 milliards au début du prochain siècle. Par l'effet de la structure de la société et du sort qui les a fait naître tels qu'ils sont, encouragés par des taux de natalités les plus élevés, les pauvres – qui ne peuvent enfanter que des pauvres – représentent la grande majorité de ces nouveaux arrivants et vont s'ajouter à ceux qui occupent déjà la base de la pyramide sociale. Et c'est ainsi qu'il résulte de ce qui précède :

- Que pauvreté, inégalités, pillage des ressources naturelles sont autant de maux contre lesquels les politiques environnementales, économiques et sociales des États, comme des collectivités qui les composent, ne peuvent avoir de sens que si sont pris en compte les fondamentaux de la démographie mondiale et les problèmes de surpopulation qu'elle génère inexorablement, au détriment d'une planète mutilée de toutes parts et par voie de conséquence, des espèces qui la peuplent.

- Que si la pauvreté augmente, si les inégalités se creusent, si les désordres et les violences se multiplient, les raisons en sont avant tout l'accroissement considérable de la population et celle de la richesse globale qu'une partie de cette même population génère par son activité, avec l'aide des sciences et des techniques, quelles que soient les conditions du partage de cette riechesse.

La croissance démographique – sujet tabou que trop peu d'experts osent aborder – est à l'origine de tous nos maux et en particulier du développement de la pauvreté. Et ceux qui, dans de grands élans de générosité inspirés aussi bien du marxisme que du christianisme et autres doctrines et idéologies ayant toutes prouvé leur impuissance dorénavant bi-millénaire, veulent imposer la dictature du prolétariat ou pour le moins leur vision compassionnelle de cette pauvreté, sont en réalité, par incapacité de concevoir ou refus d'affronter la réalité, les promoteurs de cette dernière, au détriment premier de ceux qui en souffrent. Croyant ou prétendant lutter pour ces derniers, ne s'obstinent-ils pas à entretenir une lutte des classes dont les avatars prouvent dorénavant l'archaïsme ? Ne sont-ils pas davantage préoccupés – dans leur impuissance –, à rejeter sommairement sur la seule collectivité, la responsabilité du destin des pauvres que du partage des richesses du monde ? Ne négligent-ils pas ce faisant, la part prépondérante qui en incombe à chacun, pauvres compris ? Quel que soit le sort de chacun, il est d'abord dû à sa naissance, et vouloir l'ignorer ne fait que retourner l'angoisse et la colère des plus déshérités contre eux-mêmes, les enfonçant toujours plus dans leur condition en perdant de vue qu'elle est avant tout héréditaire et que c'est par conséquent sur ce terrain qu'il faut la combattre, en luttant contre les effets d'un nombre puis d'un surnombre qui nous éloigne chaque jour un peu plus du bonheur auquel nous aspirons.

"Il n'est de richesse que d'hommes"

Mais de quoi est faite exactement cette richesse ? Au prix de quelle misère et avec quelles perspectives ? Qui en fait les frais ? À qui profite-t-elle ? De quel respect, de quelle considération l'Individu est-il l'objet, dans une telle affirmation ?

Dans une société plus désireuse de voir croître le nombre de ses membres que préoccupée par le sort dont chacun hérite à sa naissance, autant de questions que porte à se poser la simple observation de quelques chiffres et schémas incontestables.





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6 réactions à cet article    


  • En 1596, l’Humanisme était la nouvelle doctrine et l’aphorisme « Il n’est de richesse que l’homme » était tout à fait dans l’air du temps.

    L’auteur est-il sensible à l’esprit de Noël ? La pauvreté l’attriste mais qu’y faire ?

    Trop de gens, trop d’exploitation, certes et puis ? En tout cas, le salut n’est pas dans la lutte des classes, trop marxiste et ringarde mais alors, du père Noël ?

    Trop d’hommes, trop de pauvres mais des pauvres et des riches, il y en a toujours eu, à l’aube de notre ère comme aujourd’hui. L’ordre naturel des choses ?

    Le pauvre né de pauvres n’est pas responsable de sa pauvreté mais il doit en prendre sa part, un peu quand même. Tous responsables donc tous coupables ?

    Les hommes sont une richesse mais seulement pour ceux qui les exploitent. La misère est le fruit de cette exploitation.

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    • HELIOS24 décembre 2013 15:30

      ben oui, la preuve, l’immigration est une richesse pour la France, c’est bien connu !

      (ps : ne frappez pas sur la tête, svp)

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      • Jonas24 décembre 2013 18:44

        @ A l’auteur cet article.

        « Il n’est de richesse que d’hommes » cette sentence de Jean Bodin ( 1529/1596) est toujours d’actualité.

        Pour cela il faut que tous les pays riches se partagent le fardeau pour secourir les femmes et les hommes dans la souffrance et non pas toujours les mêmes.

        1) Selon El-Ekhbariya la TV d’ Etat de l’Arabie saoudite le budget de ce pays a dégagé un excédent de 40,1 milliards d’euros. Les revenus effectifs pour 2013 devraient atteindre 220 milliards d’euros soit en augmentation de 36% par rapport aux projections.

        2) Un Institut européen confirme que l’aide internationale vient principalement des pays Occidentaux et part vers les mêmes destinations, toujours les pays du sud.

        Cette aide a été évaluée de 2001 à 2011 comme suite en millions de dollars.

        1) Etatas-Unis : 4 288

        2)Union européenne ( UE) 1 863

        3) Royaume -Uni : 1 205 

        4) Japon : 977

        5) Allemagne : 848

        Je ne vois pas dans ce Top 5 les ( Brics) Brésil -Russie-Inde-Chine-Afrique du sud. Ni l’Arabie saoudite, ni le Qatar dont on parle beaucoup pour ses nombreux investissements, ni les Emirats du Golfe etc.

        Ce sont toujours les pays Occidentaux qui portent sur eux la misère du monde sans aucune reconnaissance. Ils sont au contraire voués aux gémonies. pour leur générosité.

         Voici les pays qui en profitent le plus , ils sont dans le Top 5, a part l’Ethiopie les quatre autres sont arabo-musulmans. Toujours en millions de dollars.

        1) Pakistan : 1 426

        2)Somalie : 1 107

        3) Gaza : 847 

        4) Afghanistan : 771

        5) Ethiopie : 681

        Admirez la répartition dont les critères relèvent du mystère.

        L’Afghanistan ( a a peu près 25 millions d’habitants) et l’Ethiopie ( 67 millions d’habitants ) reçoivent moins que Gaza avec ( 1, 4 millions d’habitants)

        Par ailleurs, selon Le Financial Times, l’Union européenne a payé les salaires de milliers de fonctionnaires ( http://www.observatoiredessubventions.com/tag/fonctionnaires/). Palestiniens de la Bande de Gaza alors que certains n’y travaillent plus depuis 3 ans.

        Pendant que l’on demande aux Européens de serrer la ceinture et aux retraités de participer pour colmater les déficits. 

        ( http:// www.observatoiredessubventions.com/tag/palestine/). l’UE a payé, 2, 9 milliards d’euros depuis 2007 pour des projets dans les territoires palestiniens, soit près d’un cinquième du budget européen consacré à la << neighbourhood police >> fonds utilisés pour exercer des influences sur les pays proches). ( Sorte de lobby ndlr)

        Sur ce budget , 1, 4 milliards d’euros a été affecté depuis 2007 au paiement des salaires des fonctionnaires de l’autorité palestinienne. Pour bénéficier de cette aide, les fonctionnaires palestiniens devaient remplir certaines conditions définies par L’UE.

        Mais d’après le rapport de la Cour des comptes européenne, ce programme n’a pas été doté d’indicateurs de performance et l’argent était distribué sans aucune vérification ultérieure. La Cour de l’UE s’est ainsi rendu compte que jusqu’à 24% des palestiniens ayant bénéficier de l’aide de l’UE ne s’étaient pas présentés pour travailler depuis 2010. La Cour de l’UE a également relevé que 90 fonctionnaires palestiniens déclarés inaptes au travail avaient tout de même touché leurs salaires.( Fin.)

        Une aberration totale. L’Union européenne exige la suppression des fonctionnaires dans son giron mais nourri et paye les fonctionnaires hors de Union sans aucun contrôle de l’argent des contribuables européens 

         

        Et je ne parle pas de l’argent distribué à l’Afrique qui disparait. Au iieu de culpabiliser les pays Occidentaux avec vos graphiques qui sont certainement justes. 

        L’argent des pauvres des pays occidentaux font des millionnaires dans les pays Africains et Arabes grâce aux détournements et à la corruption. Cela à cause de gens incompétents et incapables de gérer l’argent de l’Union et des pays Occidentaux. 

        Je souhaite à tous les internautes d’AGORA VOX un joyeux Noël.

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        • Arnaud6924 décembre 2013 18:57

          Les Chinois qui sont en train de faire du commerce partout en Afrique sont moins bons payeurs, j’attends avec impatience que quelqu’un leur dise qu’ils « pillent l’Afrique » ...

          Question humanitaire les Chinois, ce n’est pas trop leur « tasse de Thé », allez demander en Libye ils vous expliqueront si le Chinois est plus généreux que l’Européen.

          Quand vous allez dans un commerce, que vous achetez au prix affiché, ne soyez pas surpris si en repartant les salariés vous traitent de tous les noms... C’est « tendance » !
          C’est plus facile pour eux que de s’en prendre à l’acheteur qu’à leur employeur.

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        • « Les Etatas-Unis »

          Et tata sœur   Pardon, mais pas moyen de l’éviter celle là, mes hommages à madame votre frangine.

          Joyeux hanouka Younes, gaffe aux acides gastriques pu... de baleine.

          gaffe à votre boss aussi il va vous remonter les bretelles pour avoir donné « GAZA » dans une liste de pays et pourquoi pas un État pendant que vous y seriez 

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